La genèse
Jessytea a été créé en 1999. L’idée de départ était de mettre en ligne un catalogue de vêtements de créateur diffusés dans une boutique de Montpellier et sur le net par le biais d’un personnage commercial.
Le concept était de présenter les modèles portant les vêtements de manière glamour et ambiguë, laissant sous-entendre que les fringues n’étaient pas les seules choses à vendre.
« The Jessy Tea's Model Book » était né, soulevant la curiosité des quelques internautes tombant dessus, voyant des mannequins disponibles virtuellement par l’intermédiaire d’une sorte de Madame Claude du net : Jessytea, qui animait le site et démarchait des clients potentiels.
Recyclage
Cela aurait pu se développer si le créateur de vêtement n’était pas parti en Indonésie avec l’argent de ses partenaires et le magasin finalement mis en liquidation.
Il restait le « Book » virtuel et, désœuvré, Jessy se mit à errer sur le net en jouant toujours sur le coté glamour et ambiguë, ce qui le poussa à devenir une entité asexuée fréquentant les salons de « chat ».
Quelle nouveauté à la fin du siècle dernier que de voir ce nouveau moyen de communication arriver jusque dans les chaumières des femmes au foyer ou aux bureaux des fonctionnaires fainéants, sans encore atteindre le citoyen moyen qui fait comme les autres et se connecte.
Parler individuellement à des inconnues devenait facile et plus aucun critère social ou d’apparence ne pouvait interférer avec le poids des mots. Et la nouveauté écartait pour quelques temps encore les pervers, les blaireaux, les picharons, les bluffeurs dragueurs, les jeunes, et que sais je encore, ce qui rendait l’ensemble moins tendu et méfiant que ce qu’il a pu devenir par la suite, à l’image de toute la société probablement, ou comme tout nouveau mouvement qui commence dans les caves et fini à la télévision.
Cela fit aussitôt penser à une sorte de prêche, les apôtres auraient utilisé le net pensait-on.
Il restait à trouver un leitmotiv, un concept de prêche, celui de prophète ayant déjà été trop utilisé.
Le concept
La luxure. Bien sur. Tout ce qu’il me plaît.
Avec un soupçon de militantisme anarco-politique.
Montrer à la ménagère qu’on peut profiter du sexe et de la drogue tout en étant quelqu’un de bien. Quelqu’un de mieux. De mieux que leur mari qui croient réussir sa vie en gagnant de l’argent mais qui les ennuie profondément.
Un trublion plein de vie. Montrer aux gens que la vie c’est bien, qu’il faut en profiter.
Faire dans le social et la décadence.
Chacun cherche son chat
Les entreprises du net n’avaient pas encore été rachetées par les gros groupes et c’était l’époque de feu Multimania, multiples salons de chat, devenu depuis un simple hébergeur.
Au commencement il y a toujours une rencontre initiatrice : Pulmah, la divine et devine prêtresse et son bar de motards belge. Charleroi, la ville du « chat », vers où converge une multitude de personnes d’horizons variés. Interdit au mineurs et pourtant si sain, peut être est-ce lié.
« Pourquoi un pseudo féminin ? » était une question qui revenait souvent, au moins parmi ceux qui connaissaient mon vrai sexe, si je puis dire. Les réponses étaient multiples : affinité phonétiques, histoire de catalogue de Madame Claude Tea, flegme britannique à l’heure du thé, abréviation musicale d’initiales, machine pensante asexuée, prénom masculin et féminin (Jesse James, Jessy Garon, certes j’avais aussi le choix avec Claude, Camille, Dominique et autres ..) et toute autre réponse non encore utilisée et formulée sur le moment par improvisation.
L’art du discours
L’improvisation et la répartie, voilà l’art du « chat », un jeu verbal très rapide où l’esprit marche pied au plancher, où la verve est sans limite sans pause car on lit en même temps qu’on tape, alors que la politesse nous oblige à écouter ce que dis l’autre avant de parler.
Dans ces conditions quelle facilité à s’exprimer ! Quel bonheur d’avoir un auditoire !
Certes les hommes ne parlaient pas à Jessy, à part quelques bisexuels égarés, mais les femmes semblaient y prendre un certain plaisir et plus si affinité.
Au commencement était le minitel rose.
Bien sur on se prend au jeu, et ce n’est plus un jeu, l’écran de l’ordinateur se transforme en poitrine durcie, la carte mère (de famille) a envie d’updater son BIOS.
Un jour on tombe amoureux d’un personnage, on crée un univers bien existant ou ce personnage évolue, et on évolue avec.
Il y a un ici et un là bas, comme un amour dans un pays lointain que l’on doit quitter, ici il n’est pas présent, on l’oublie, mais si on retourne là bas, il revient comme on l’avait laissé.
On devient son personnage, on se prend pour un acteur qui aurait trop poussé son rôle, on se perd et on perd ce qu’on aime.
Jessy posa ses lunettes roses pour reprendre ses lunettes noires, voyant qu’il ne pouvait faire demi tour, il préféra aller le plus loin possible.
Au commencement était le minitel rose, puis vint Caramail.
Année 2000 le nouveau millénaire commence, et les humains occidentaux ont soif de sexe.
L’innocence de la prêche fut bientôt envahie par ce que j’appellerais le libertinage underground, Multimania fut racheté par Caramail qui fut racheté par Lycos qui avait racheté Spray.fr, l’espace devint immense : 30 000 connectés en même temps, en enlevant les mineurs et les hommes, cela laissait quand même des milliers de femmes prêtes à écouter, et chacune devenait un défi, un jeu, trouver le truc qui lui plairait, trouver son truc, s’adapter, jouer, truquer, gagner, gagner un truc.
Les bars se multiplièrent : le bar des masochistes, le bar des femmes rondes, le bar des trucs à long terme, le bar des longs trucs, le bar de ceux qui viennent pas là pour ça mais que en fait oui, et même le bar des royalistes, des groupuscules de tout ordre ou encore le bar des exilés. Car il ne fallait pas pour Jessy oublier non plus le côté anarco-politique, voire narco-politique, car sinon le personnage se serait noyé dans l’ombre des playboys à écran plat et ventre rond, alors que lui, elle, se distinguait de ces derniers par sa sensibilité féminine, son écoute désintéressée et ses points de vue radicaux.
Chassez le naturel
Ce n’est pas à l’ordinateur que l’addiction se fît, mais à la rencontre, ce n’est pas au libertinage ou aux expériences elles mêmes qu’il fut accro, mais à ce sentiment d’inconnu, cette montée d’adrénaline lorsque l’on arrive et que l’on ne sait pas dans quoi, sur qui on va tomber et même si quelqu’un va venir ou ouvrir. Le quai d’une gare à des centaines de kilomètre du domicile est un bon exemple, en descendant du train on ignore déjà si quelqu’un va venir, on ignore à quoi ressemble ce quelqu’un, on ignore si ce quelqu’un n’est pas un tueur fou, et pourtant on a l’impression de le connaître, d’être en confiance, après toute ces longues heures de discussions écrites et d’échanges souvent intimes. Et pourtant on ne le connaît pas, on le connaît mieux que certains de ses proches mais on doit faire des hypothèses pour le reconnaître dans la foule. Un jeu très excitant.
Breaking the Wall
Comme tout jeu on finit par se lasser, ou alors on s’accroche à quelqu’un, ou alors quelqu’un s’accroche, ce la complique les choses, on en veut toujours plus et à moment donné cela ne passe plus. On finit comme un gros connard.
On dit que c’est parce que les gros connards sont arrivés sur le net, que c’est plus comme avant, pour se convaincre ou à raison, qu’importe, on en reste pas moins un gros connard.
Qu’allait devenir ce personnage une fois éloignée des aventures de rencontres ?
Peut être fallait il le recentrer, la luxure, l’amour de la féminité … tout était parti d’un catalogue de mode, pourquoi ne pas y revenir ?
From here to eternity
Les modèles mon ami, les modèles, comment faire si on ne veut pas en fréquenter ?
Il suffit de les créer soi même, cela semble simple. Ainsi Jessytea se reconverti dans la modélisation de femmes en image de synthèse, qu’il pouvait ensuite utiliser comme des modèle de studio de photographie et leur demander tout ce qu’il voulait, sauf leur RIB.
L’âge tranquille commença, et Jessytea commença même à discuter sur le net avec les relations du monde réel, qui se demandaient bien pourquoi ce pseudonyme et ignoraient tout de la face cachée du thé.
Pour les autres il restait toutefois la machine pensante asexuée à la verve pointue et à la repartie rodée.
Une nouvelle aventure commença, une plus belle, toujours de plus en plus belle.
L’art, la création, l’écriture, jessytea se mît même à la chanson crade, textes sales, du rapé de fromage funky. Toujours le même esprit.
Chapitre ouvert
Jessytea n’est pas mort, sans doute à cause de son côté un peu punk, il vît toujours au travers de son double, il a touché ainsi à des formes d’art ou de création, l’image de synthèse lui permettant de s’affirmer, comme la couverture du magasin de vêtement à sa naissance, mais n’étant qu’un leurre pour attirer vers le futur.
Et le futur est entre nos mains à tous.
Le futur est mots.
Commentaires
je ne mérite pas cela, quel grand homme fait souffrir ceux qu'il aime ?
C'est moi ou quelque part à un certain moment du temps sur mon écran, dans un mail ou autre part, j'ai halluciné ta déclaration : "J'essaie de me mettre à la littérrature, devant la navrante constatation de
la perte de mon français et mon incapacité à écrire plus de deux pages"... non, j'ai dû l'inventer, sûrement, je devais être dans un état hypnagogique...
Au passage, navrée (si si, à travers ce brouillard de zéros et de un, si on regarde bien, je suis sûre que j'ai réellement l'air sincèrement navrée), j'avoue que je réponds un peu aléatoirement à mes mails...
Vampire est là.
| Citation: |
| jessytea se mît même à la chanson crade, textes sales, du rapé de fromage funky |
m'est connu par un ou deux échantillons ; or, c'était sublime : les sujets étaient vils, mais les images étaient cosmiques. Il y avait une âme qui tournait autour du monde comme le fait la Lune, alors même qu'elle était censée évoquer des moments de dégoût face à une vie sexuelle débauchée. On aurait dit du Baudelaire apocalyptique.
Il faut dire que Jessytea et moi nous sommes rencontrés à partir d'une admiration commune pour Lovecraft. Cela aide à comprendre.
Comme quoi j'ai dû être large quand je disais que deux pages étaient ma limite puisque je crois que c'est une seule, d'ailleurs vous avez vu ça tient sur une page mes élucubrations, bon vous me direz, aujourd'hui, avec les ascenseurs, tout est possible, et on a déja vu une page monter jusqu'à la Lune.
En tous cas merci à vous
Bonjour Jessytea .... que dire qui n'a déjà été dit ?
Simplement contente de voir que tu t'es souvenu de moi ! bien que je ne sache pas comment je dois prendre le commentaire !! lol bien ou mal ? mmmmh je vais réfléchir à la question ... ! je te tiendrai au courant ;-)
A bientôt ... peut-être !
Mais il faut le prendre bien, bien sur ! sinon je ne me permettrais pas de te pseudonner ! mais dis moi si tu veux changer les noms pour que toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existés soit fortuite, à l'époque j'aurais dit avec des personnes excitantes ou ayant excité, ué le roi de la blague que j'étais !
J'espère que tu vas bien et tout et tout, c'est très amusant que tu sois arrivée jusqu'ici, pis ça passe si vite le temps !
A bientôt ... peut être !
pour aller loin il vaut mieux prendre l'avion, ou aller à pied, le TGV cela reste français et plein de grèves
